Modes de pensée: 2- La pensée religieuse
كتبهامحمد أندلسي ، في 12 أغسطس 2007 الساعة: 15:52 م
2- La pensée religieuse :
1- Définition :
La religion est un ensemble de croyances et de dogmes définissant le rapport de l’homme avec le sacré.
D’un point de vue anthropologique, cet aspect sacré la religion le recueille de la vie sociale. Celle-ci se constitue par des croyances et des pratiques rituelles qui visent à l’élaboration des rapports propres avec les forces voire les pouvoirs surnaturels.
En dépit du caractère historique et social propre à chaque système religieux, les valeurs et les significations que les acteurs sociaux donnent à ses croyances et à ses pratiques rituelles restent universelles.
Le système religieux se fonde sur une distinction radicale entre deux domaines : d’un côté, celui du sacré qui détermine les rapports que les êtres humains entretiennent avec le transcendant, le sublime ; et de l’autre, le domaine du profane qui détermine les rapports qu’entretiennent les hommes entre eux. Naturellement cette distinction est fondée sur le prima voire le privilège du sacré sur le profane.
En tant que système explicatif, la religion vise à donner aux choses et au monde le sens et l’ordre qui leurs conviennent. Partant, elle érige dieu en un espace productif du sens.
En outre, on peut méthodiquement distinguer au sein de la religion entre deux aspects ou deux niveaux : le discours religieux, et l’espace religieux.
a-Le discours religieux :
La religion comme discours se rapporte à des contextes, à des situations énonciatives, voire à un langage et un système de symboles propres. A travers ce discours et par son biais se constitue le procès de l’appropriation mentale de la nature. En outre la religion comme discours entame une articulation fondamentale entre parole et acte. Ce qui fait que chaque parole est un acte d’appropriation et de connaissance immanente au discours grâce auxquels le sujet se dote d’un pouvoir accru.
En outre, les formes du discours religieux ne sont pas indépendantes des formes de l’organisation sociale. Cette liaison se manifeste au niveau des fonctions que la religion assume : comme le contrôle sociale a priori des instances qui existent à l’extérieur de son cercle, notamment la famille, le pouvoir politique, la parenté, le mariage et l’héritage. Ainsi l’organisation de l’expérience humaine de la nature à travers la mise en rapport du visible et de l’invisible, du matériel et du spirituel, de l’immanent et du transcendant ,etc.
En somme, la religion - par la hiérarchie et la prévalence qu’elle effectue entre les êtres et les choses – se présente comme un discours normatif voire axiologique ; sa fondation du sens n’est pas moins paradoxale, puisqu’elle élabore l’espace du sens au delà de l’humain dans une absence totale, et dans une altérité absolue. Cette absence et cette altérité ne se substituent pas réciproquement, mais chacune d’elles nous rapporte à un système de représentations particuliers. Le système de l’absence procède à une objectivation du sens dans un principe abstrait transcendantal ; tandis ce que le système de l’altérité objective le sens dans un principe ontologique voire anthropomorphique, qui fait de l’homme un être inséparable d’une volonté qui fonctionne comme un projet.
Dans le système de l’absence qui est axé sur l’au-delà, la priorité est donnée d’abord à l’ordre des Dieux sur ceux de l’Homme et du Monde ; et ensuite à l’ordre de l’Homme sur celui du Monde. L’ordre du Monde est assuré par Dieu au bénéfice de l’Homme, tant que celui- ci manifeste son dévouement voire son obéissance totale à Dieu. Il va de soi que cette instance constitue l’air des religions du livre, c’est le règne du monothéisme.
Quant au deuxième système qui est axé sur l’altérité, la priorité est donnée d’abord à l’ordre du Monde sur celui de Dieu, et ensuite à l’ordre de Dieu sur celui de l’humain. Cette instance constitue l’air du polythéisme, c’est le règne du paganisme.
Au sein de ces deux systèmes religieux, le sacrifice acquit une importance très particulière. C’est par l’intermédiaire des pratiques de sacrifices rituels que se réalise l’appropriation symbolique du monde ; et c’est cette appropriation qui a permis à l’homme de sublimer les conditions défavorables de la vie et de l’existence, en entamant des rapports de sympathie et de participation avec le/les Dieux.
b- L’espace religieux :
L’espace religieux est un espace ou se reflète le rapport qu’entretient l’homme avec les objets de ses représentations. L’homme en projetant son identité hors de lui même, et en lui donnant forme, image et existence, s’aliène en se reconstituant en une force transcendantale. Le rapport qu’il noue avec cette force - peut être directe et immédiat à l’instar du mystique, comme il peut être indirecte et médiatisé à l’instar de la pratique religieuse normale et collective – dans les deux cas se fonde sur le sacrifice de l’homme d’un côté, et la donation du sens et de la valeur par Dieu, de l’autre côté.
2- Les origines de la pensée religieuse :
Plusieurs penseurs rapportent les racines premières de la pensée religieuse à la vision animiste du monde. Celle-ci noue un rapport étroit avec « la loi de la participation » que la pensée mythique a établi entre le monde invisible surnaturel, et le monde visible naturel. Pour résumer cette vision animiste, il faut constater que le primitif, après avoir garnit le monde d’esprits voire de forces invisibles tout en les rendant responsables de ce qu’il lui arrive, il se trouvait dans l’obligation de les conjurer et de les solliciter par le biais des pratiques magiques. Cette vision animiste voire magique du monde, constitue la première manifestation de la pensée religieuse. Tandis que le totem en tant que père du clan et son symbole sacré, constitue- selon les anthropologues- la première forme primitive du Dieu ou des Dieux.
En outre, on a vu comment le dogme totémique a donné naissance à un système d’interdictions qu’on appelle le tabou. Ce tabou constitue l’aspect social extérieur de la religion.
Si l’animisme a été derrière la naissance de la magie, alors le culte des ancêtres a été derrière la naissance de la religion.
La faiblesse de l’homme vis-à-vis des forces hostiles, des catastrophes naturelles voire des êtres sauvages d’une part; et les rêves avec ses images variantes notamment celles des morts d’autre part, constituent une source puissante de l’angoisse, de la terreur et de la peur humaine. Et c’est à partir de ces images et les sensations qu’elles suscitent, qu’a eu lieu dans un premier stade, l’apparition du culte des morts, et dans une deuxième phase après, la naissance du culte des ancêtres. Si les forts(les chefs de clans, les magiciens, etc.) inspiraient la peur voire la terreur aux autres membres du clan, ils seront après leur mort, l’objet de culte, de la vénération et du respect absolu. Et ce n’est pas par hasard, si le mot « Dieu » signifie chez les primitifs « l’homme mort »; et que le nom de Dieu signifie dans le judaisme « le fort ». En Egypte, à Rome, au Mexique et au Pérou, le roi était considéré comme un Dieu même avant sa mort, et il était l’objet de culte de ses paroisses.
C’est ainsi qu’on voit clairement que les transformations qu’a subi l’idée de Dieu, sont parallèles aux transformations qu’a connu la vie humaine. Et que le totémisme constitue l’origine des religions humaines.
Quant à l’interprétation de la sensation religieuse chez l’individu, on peut affirmer qu’elle est l’objet d’une divergence entre les anthropologues, les sociologues et les psychologues.
Le fondateur de la psychanalyse Sigmund Freud, considère que le complexe d’Oedipe constitue la racine historique et mythique du totémisme qui est comme on l’a vu, le premier aspect de la religion. Le point de départ de Freud dans cette interprétation est l’hypothèse d’une civilisation humaine fondée sur la négation des instincts. Cette civilisation vise à réaliser deux fins : la première est de défendre les êtres humains contre l’abus de la nature et son arbitraire; la deuxième est d’établir des rapports sociaux entre les hommes sur la base de la prohibition de l’inceste. Cette dernière n’est que le fruit du complexe d’Oedipe, c’est à dire le complexe de la sensation de culpabilité sans culpabilité.
Le complexe d’Oedipe est fondé sur la croyance en un pèreautoritaire qui s’approprie à lui seul, les biens et les femmes du clan. C’est un père qui a un pouvoir de dressage voire de sanctions despotiques.
L’une des grandes conséquences de ce despotisme du père et de son oppression sexuelle, était la révolte des fils qui aboutit jusqu’au massacre du père. Ce massacre est considéré par Freud comme la faute originelle commise par l’homme dans l’histoire. Et c’est lui aussi qui est derrière cette fameuse loi dite « loi de la prohibition de l’inceste » par laquelle Freud explique la transition de l’homme de l’état de nature à l’état de culture, et la naissance de la civilisation. Le rite du sacrifice est considéré comme l’un des facteurs déterminants dans cette transition.
De ce point de vue, la fête totémique représente la première fête religieuse de l’humanité; car la fête, comme disait Freud, c’est une percée hédoniste(festive, ludique) d’un interdit. l’histoire des religions n’est à vrai dire qu’une histoire qui répète ce premier mythe Oedipien.
Le christianisme de sa part, n’est que sa manifestation la plus claire. Si le Christ par le biais de son sacrifice, libère les chrétiens du joug de cette faute originaire, alors il faut admettre que l’origine de cette faute est le massacre du père.
Cependant, malgré la pertinence de l’interprétation de Freud, elle a été la cible de plusieurs critiques venant de penseurs ethnologues, philosophes et psychologues, comme Malinovski, ainsi Deleuze et Guattari dans leur grande œuvre intitulée « anti-Oedipe ». Mais la critique la plus violente dans sa pertinence est celle adressée à Freud par René Gérard dans son livre « La violence et le sacré ». Dans ce dernier livre, Gérard explique que le phénomène du sacrifice trouve sa justification dans la violence qui résulte du désir. Selon Gérard, la violence n’est pas-comme le voyait Freud-une expression d’un désir instinctif; car dans le désir il y a trois parties : le sujet du désir, l’objet du désir et le concurrent qui désire le même désir que le sujet, c’est à dire, qu’il tend à imiter le désir du sujet. Mais la rencontre des deux désirs en compétition provoque le conflit et la lutte, c’est à dire la violence. A partir de cette constatation, Gérard va interpréter le rite du sacrifice, comme une pratique par laquelle les sociétés conjurent la violence.
C’est donc par l’intermédiaire du sacrifice d’un animal, que la société réussit à dévier le cours de la violence en l’éloignant de l’homme vers l’animal. Tel est le contenu du mythe d’Abraham et son fils Isaac. C’est par le sacrifice du mouton qu’Abraham arrive à renoncer à sacrifier son fils.
3- Mécanismes et caractéristiques de la pensée religieuse :
La pensée religieuse se fonde sur les postulats suivants :
a- L’idée de la divinité : croire en un Dieu(ou des Dieux) qui est doué(s) d’une puissance illimitée et d’un savoir absolu.
b- L’idée de la création : croire que le monde a été créé par Dieu, et qu’il a un commencement dans le temps et une fin.
c- L’idée de la révélation : croire que les vérités qui sont révélées par Dieu, et qui sont contenues dans les livres sacrés, sont des vérités absolues et éternelles.
Par ces postulats limités, la pensée religieuse apparaît comme une pensée complète, définitive voire close. Il est évident que La pierre dorsale de cette pensée est la foi et non la raison, la croyance et non l’entendement. La foi consiste à croire en la validité de la révélation, et en véracité des dogmes, des croyances et des législations, vu qu’ils émanent d’une source transcendantale voire divine dépassant la capacité cognitive humaine limitée par la raison et l’intuition.
Selon la pensée religieuse, la foi se focalise sur le cœur et non sur la raison, c’est pour cette raison là que le discours des théologiens par sa charge affective et émotionnelle, vise à persuader les cœurs de ses croyants plus qu’il ne vise à convaincre leurs raisons.
A côté de ce mécanisme de foi, la pensée religieuse met en œuvre un autre procès; c’est un procès de discours. Vu que le discours religieux vise à percevoir tout un chacun, il utilise avec pertinence les procédés de la dialectique discursive. Cette dernière consiste à persuader l’interlocuteur par le biais de la contrainte et non par la conviction. La dialectique théologique est un mouvement de pensée qui vise à démystifier l’opinion adverse, par la mise en lumière, soit disant, de ses contradictions voire de sa mauvaise foi; et non par l’élaboration d’un discours cohérent et convainquant par son argumentation.
La pensée religieuse procède par des images imaginaires, par des expressions affectives, et par des pamphlets aphoristiques. C’est une pensée pratique qui procède par des prêches et des sentences, qui visent à influencer les cœurs et non à convaincre les esprits.
En outre, la pensée religieuse établit un rapport directe avec l’acte et le comportement humain ; parce qu’elle se conçoit non seulement comme un dogme, mais aussi est surtout, comme une législation pour régler et canaliser le comportement humain. Le bien fondé de la religion est un ensemble de dogmes et de rites qui s’imposent aux sujets comme un engagement obligatoire dans leurs vies privées et publiques.
Et si la religion s’adresse au comportement du croyant et non à sa pensée, c’est parce qu’elle croit que la pratique répétitive des rites, et l’application stricte et continue des dogmes, finissent par aboutir à la conversion de l’âme du croyant.
4-Valeur et limite de la pensée religieuse :
Quant au rôle que joue la religion au sein de la société, il est l’objet d’une divergence entre les penseurs et les chercheurs.
-D’aucuns croient que la religion représente une force constructive dans l’histoire humaine ; selon eux, c’est elle qui se trouve derrière le progrès de la civilisation et de la culture humaine. En outre, elle joue un rôle fondamental dans le renforcement des liens intimes, non seulement entre les membres d’une même société, mais aussi entre tous les hommes de la planète. Cette réalisation est due à l’esprit de fraternité voire de paternité que sème la religion dans les cœurs des hommes, en les orientant vers l’acte utile et vertueux.
- Cependant, il existe une autre évaluation - différente de la première - du rôle qu’assume la religion dans les sociétés humaines. Cette dernière rend la religion responsable de l’aliénation humaine, de sa conscience malheureuse, de sa passivité voire de sa soumission.
En réalité, la pensée religieuse – à l’instar des autres modes de pensée – est une arme à double tranchant : elle peut être utilisée pour bâtir et construire, comme pour détruire et déconstruire; elle peut être un appel à la libération de l’homme, comme elle peut être un instrument pour la stérilité, l’exploitation et la domination.
En effet, la religion lors de son apparition au sein de l’histoire humaine – cela vaut pour le judaisme, le christianisme comme pour l’islam – a joué un rôle révolutionnaire dans la libération de l’homme du joug des superstitions, des mythologies négatives, ainsi de la domination voire de l’esclavage.
Cependant, tout le long de son évolution que la religion s’est éloigné de sa mission libératrice, et s’est converti – par ses fidèles même comme disait Nietzsche – à un instrument de servage voire de stagnation de la pensée et de son enclavement.
On se souvient tous, comment la pensée religieuse pendant sa décadence au moyen âge – en occident comme en orient – s’est opposée violemment à la science, à la philosophie, tout en déclarant la guerre contre la liberté de la pensée et l’exercice de la raison. Les tribunaux d’inquisition en occident, la censure et l’interdiction des grandes œuvres philosophiques en orient islamique, ne sont que des exemples parmi plusieurs autres, qui témoignent d’une grande déviation au niveau de la fonction de la religion.
Néanmoins, cette déviance religieuse ne peut à elle seule expliquer tout ce désastre humain. Il y a d’autres facteurs qui sont derrière ce désastre, notamment les facteurs économiques, sociaux et politiques.
A vrai dire, ce qui entrave l’évolution de l’humanité et son épanouissement, ce qui enchaîne la liberté de sa pensée voire de son action, ce n’est point la religion en tant que telle, mais sa manipulation et son exploitation politique et idéologique.
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